
La République Démocratique du Congo traverse une phase importante de mutation urbaine. Nos villes s’étendent, les investissements immobiliers se multiplient et les ambitions de modernisation deviennent de plus en plus visibles. Cependant, cette dynamique, aussi encourageante soit-elle, doit impérativement s’accompagner d’un encadrement rigoureux du secteur de la construction afin de garantir des ouvrages sûrs, durables et conformes aux normes professionnelles.
Dans cette perspective, la question du processus d’octroi des Permis de Construire mérite aujourd’hui une attention particulière. Il devient nécessaire de renforcer la collaboration entre le Ministère de l’Urbanisme et Habitat, le GUPEC(Guichet Unique de PErmis de Construire) ainsi que l’Ordre National des Architectes de la RDC (ONA), afin d’assurer un meilleur contrôle des projets soumis à l’approbation administrative.
L’architecture n’est pas seulement une affaire de plans et de bâtiments; elle touche directement à la sécurité des citoyens, à l’organisation des villes, à la qualité du cadre de vie et à l’image même de notre pays. Chaque Permis accordé engage la responsabilité de l’État et influence durablement l’environnement urbain.
C’est pourquoi les textes légaux qui encadrent l’exercice de la profession d’architecte, notamment la loi N° 18/034 du 13 decembre 2018 portant création, organisation et fonctionnement de l’Ordre National des Architectes, doivent être appliqués avec rigueur, sans complaisance ni exception.
Cette exigence concerne autant les architectes congolais que les architectes étrangers intervenant sur le territoire national. Pour ces derniers, la réglementation prévoit notamment que leurs projets soient endossés par des architectes congolais régulièrement inscrits au Tableau de l’ONA. Cette disposition répond à plusieurs objectifs essentiels : garantir le respect des normes locales, assurer un contrôle professionnel approprié, promouvoir les compétences nationales et favoriser le transfert d’expertise.
Malheureusement, dans la pratique, certaines procédures semblent parfois contourner ces exigences pourtant fondamentales. Une telle situation affaiblit non seulement le rôle des institutions professionnelles, mais ouvre également la voie à des dérives qui impactent négativement la qualité architecturale de nos villes.
Le respect strict de ces conditions rencontrerait pleinement la volonté exprimée par Son Excellence Monsieur le Président de la République lors de la 89 eme réunion du Conseil des Ministres du 15 mai 2026 où il a ordonné l’établissement de l’ordre dans les constructions.
Plus strict, le chef de l’Etat a demandé aux différents ministres sectoriels de prendre les mesures rigoureuses contre les constructions anarchiques qui prolifèrent sur les grandes agglomérations urbaines, particulièrement à Kinshasa.
Dans cette optique, il convient d’admettre que l’assainissement du secteur de la construction passe par la valorisation de l’expertise nationale.
Il est temps que tous les acteurs concernés travaillent dans une logique de complémentarité institutionnelle. Le Ministère de l’Urbanisme et Habitat, le GUPEC et l’ONA poursuivent finalement le même objectif : bâtir des villes organisées, modernes, sécurisées et esthétiquement valorisantes.
Une collaboration plus étroite permettrait notamment : de vérifier systématiquement la conformité des signatures _professionnelles sur les projets soumis ;
de s’assurer du respect des obligations imposées aux architectes étrangers ;
de lutter contre l’exercice irrégulier de la profession ;
de protéger les investisseurs et les citoyens ;
et de contribuer progressivement à l’amélioration de l’image architecturale et urbanistique de nos centres urbains.
La RDC dispose aujourd’hui d’architectes compétents, expérimentés et capables d’accompagner les grands projets de développement du pays. Leur implication effective dans le processus de validation des projets constitue une garantie de qualité et de responsabilité.
Le développement urbain ne peut être durable sans une gouvernance technique crédible. Le Permis de Construire doit rester un instrument de régulation, de sécurité et d’amélioration du cadre bâti, et non une simple formalité administrative.
L’avenir de nos villes dépend des décisions que nous prenons aujourd’hui. Respecter les règles professionnelles, renforcer les institutions techniques et promouvoir l’expertise nationale constituent des choix stratégiques pour construire une République Démocratique du Congo plus moderne, plus harmonieuse et plus respectueuse de son environnement urbain.
Dechaux NGANDU KABUYI
Architecte CNOA 0474
Secrétaire Général de l’Ordre National des Architectes de la RDC (ONA)
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