
Un différend oppose actuellement deux opérateurs privés du secteur de l’électricité en ville de Butembo, au Nord-Kivu.
La société Énergie du Nord-Kivu (ENK) est accusée par l’entreprise CONGO FULL POWER d’avoir installé et croisé des lignes haute tension dans une zone relevant de sa concession, pourtant reconnue par les autorités compétentes dans le cadre de la libéralisation du marché de l’électricité en République démocratique du Congo.
Une intervention contestée sur une concession attribuée
Selon les constats effectués sur le terrain par notre correspondant, des équipes de ENK auraient procédé à l’installation de nouvelles infrastructures électriques dans des zones officiellement attribuées à CONGO FULL POWER. Cette dernière dénonce une intervention qu’elle qualifie de « violation manifeste des règles de concession » et évoque une atteinte à ses droits d’exploitation légalement établis.
Chargé de communication de CONGO FULL POWER, Nehemy Mbusa rappelle que la législation encadrant la libéralisation du secteur prévoit une délimitation claire des zones d’exploitation.
« Toute intervention dans une concession reconnue doit faire l’objet d’une autorisation préalable, l’État demeurant régulateur afin d’éviter le désordre infrastructurel, les risques d’accidents et les conflits techniques entre opérateurs », a-t-il expliqué.
Des inquiétudes exprimées par les habitants
Au-delà du différend entre entreprises, des habitants du quartier Kamezi-Mbonzo dénoncent l’installation de poteaux et le passage de lignes haute tension au-dessus de leurs habitations. Plusieurs riverains affirment vivre dans la crainte permanente d’éventuels incidents.
« Les poteaux ont été installés dans certaines parcelles et des câbles passent au-dessus des maisons. Nous avons alerté, mais nous attendons toujours une solution », témoignent des résidents rencontrés sur place.
Des juristes spécialisés dans le secteur énergétique soulignent que toute installation dans une zone concédée sans accord formel pourrait constituer une irrégularité au regard des textes en vigueur.
Des risques techniques et sécuritaires évoqués
Des experts du secteur mettent également en garde contre les conséquences d’une superposition non coordonnée des réseaux électriques.
Selon eux, l’absence de coordination technique peut engendrer des surcharges, des interférences ou d’autres incidents susceptibles de compromettre la sécurité des populations et la stabilité de la distribution électrique.
« Les infrastructures électriques nécessitent une planification rigoureuse. Toute interférence entre réseaux peut entraîner des conséquences graves », indique un spécialiste ayant requis l’anonymat.
Silence de ENK et appel au respect de la régulation
Contactée par notre rédaction, la société ENK n’avait pas encore réagi officiellement aux accusations au moment de la publication de cet article.
De leur côté, des acteurs de la société civile de Butembo appellent au respect strict des normes régissant la libéralisation du secteur. Ils rappellent que si plusieurs opérateurs peuvent intervenir, cela doit se faire dans le respect des concessions attribuées et des règles établies par le ministère de tutelle.
Selon des sources proches du dossier, CONGO FULL POWER envisage de saisir les autorités compétentes afin d’obtenir la suspension des travaux contestés et la reconnaissance de ses droits.
Une correspondance officielle déjà adressée aux autorités
Dans une correspondance datée du 13 janvier 2026, le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Électricité avait déjà appelé les autorités provinciales du Nord-Kivu à suspendre certains travaux attribués à ENK dans des zones concédées à CONGO FULL POWER, notamment à Mihake, Vihya, Vutike, Vulindi et Mukalangirwa.
Cette affaire relance le débat sur l’effectivité de la régulation dans un secteur stratégique pour le développement économique et social de la ville de Butembo, où l’accès à une électricité fiable demeure un enjeu majeur pour les ménages et les opérateurs économiques.
La rédaction
Kivupress24 L'actualité de dernières secondes avec professionnalisme et engagement citoyen